Pourdirejetaime.fr, un blog qui veut identifier 1001 façons de dire je t'aime

1001 façons de dire je t'aime à ses amis, à son amour ou... à la vie

L'amour selon... le CNRS



La vie ensemble, les lettres que nous gardons, les séries télé, le couple Ken/Barbie, nos passions, nos folies... Aimer, ça veut dire quoi?

Le 4e numéro des Cahiers de l’Imaginaire édités par le CNRS, après la barbarie, le luxe et la technique & la magie, est consacré entièrement à l’amour.

52 chercheurs, conteurs, photographes, poètes, dramaturges, illustrateurs, etc. discutent sur 344 pages ce que c’est que d’aimer: la vie ensemble au jour le jour, les passions étranges, perversions et bizarreries qui étonnent notre époque, les séries télé qui étalent ce que nous pensions intime, le sentiment maternel et océanique, les lettres que nous gardons précieusement dans ce tiroir à l’heure de l’email et du tweet, les grands amoureux de l’Histoire, leurs théories, leurs folies, nos coups de folies et nos passions. Toutes ces choses arraisonnées, irrationnelles, qui nous font dévaler les escaliers pour rattraper la belle et le beau qui, comme le temps qui passe, sont mille fois retrouvés et mille fois reperdus.

  
Sade mon amour
A-t-on idée de mettre l’amour et Sade dans la même phrase ? Pourtant, l’imagination amoureuse est au coeur de l’oeuvre du marquis. Elle est au coeur de son personnage préféré : Juliette, soeur vicieuse et prospère de la malheureuse Justine. Juliette détient un secret qui la délivre des pièges du libertinage. C’est un secret aux répercussions formidables, un jeu sans passé ni présent ni futur, une recette physiologique et mentale, au cours de laquelle l’imagination, libérée de l’objet et mue par la sensation, atteint une liberté sans pareille.
Une contribution de Philippe Franceschi

Romance de la jeune fille et du ptérodactyle

En ce temps là, Mary Anning était encore une petite fille, si petite et si fragile que l’on craignait de s’approcher d’elle, comme si un soupir aurait suffit à la démantibuler. Les seules marques visibles de ses excursions journalières vers la digue se trouvaient sur ses genoux qui dépassaient du biais de sa robe, et laissaient paraître les cicatrices qu’une enfance passée entre les vagues, les falaises pointues et les fossiles millénaires avaient tatoués comme une carte. Peu avant de faire sa connaissance, et alors que je l’attendais chez elle, je demandai à sa mère si elle n’était pas tourmentée par l’idée que sa fille pouvait être victime, un jour, d’un accident en bas des rochers, que sais-je, qu’elle se brisât une jambe ou bien qu’elle se fît piéger par les marées, incapable de remonter le mur de pierre sauvage qui, apparemment, avait déjà fait payer cher son imprudence à plus d’un nageur expert. Quand elle entendit cela, la femme me demanda de but en blanc si j’avais des enfants. Je lui répondis que non et elle sourit, satisfaite par la simplicité de son argument. Puis elle me tendit un cahier où sa fille avait dessiné les portraits de ses dernières trouvailles et s’en alla s’asseoir à coté de la fenêtre, sans autre forme de procès.
Une contribution de Ignacio Padilla
illustrée par Lucile Olympe Haute

Recettes pour conserver son amour
Il est des sujets sur lesquels on a envie d’être grossièrement réactionnaire, c’est-à-dire en revenir à l’archaïque, à l’archétype, peut-être même à une forme de stéréotype. L’alliance cuisine et amour en est un, peut-être le plus emblématique pour la génération des seventies. Ne sommes nous pas les femmes à qui on a seriné, dès leur jeune âge, en tout cas dès leur majorité, que c’en était fini de la femme au foyer, de la femme aux fourneaux, voire de la femme aux seins allaitant. La femme n’est plus nourricière, peut-être d’ailleurs n’est-elle même plus mère. D’abord “femme” disent-elles ! Et pourtant, doit-on renoncer à la cuisine de l’amour, à l’expression par la nourriture préparée de l’amour que je lui porte, que je leur porte, de l’amour du monde ? Tant pis, je ferai mien l’adage selon lequel une femme attire l’homme par le sexe et le conserve par le ventre. La cuisine de l’amour est celle du féminin par excellence, elle est tout autre chose que la cuisine de l’amoureuse, que la cuisine de l’intime, elle est cuisine pour les autres, ancrée dans une communauté, cuisine d’un territoire et d’une histoire.
Une contribution de Hélène Strohl

Nietzsche : amours cruelles

“Celui qui réussit encore à entendre (mais de nos jours on n’a plus d’oreilles pour cela !) dans cette nuit de martyre et d’absurdité retentir le cri amour, le cri du ravissement enflammé de désir, le cri de la rédemption par l’amour, celui-là se détourne, saisi d’une épouvante insurmontable…”, F. W. Nietzche (1887), “La faute, la mauvaise conscience”, Seconde dissertation, La généalogie de la morale, Paris 1996 : 105-106.
Une contribution de Aurélien Fouillet

Les vierges

Corpicrudi est un projet artistique signé par les artistes italiens Samantha Stella et Sergio Frazzingaro. Ils dirigent des installations et des événements d’inauguration, prenant des photographies et des vidéos en alternance de leur présence sur le lieu. Corpicrudi croit en la Beauté comme valeur historique. Leur travail est une combinaison de l’apollinien et du dionysiaque, parfaitement équilibrée entre l'harmonie et la disharmonie, la lumière et le drame, le bien et le mal. C'est Claudia Attimonelli, écrivaine, chercheuse, curateur d'événements et d’expositions d’art contemporain, qui a mis ses mots sur les photographies des Vierges.
traduite par Jean-Luc Defromont

Les petits noms
Dans son dernier huis clos, Carnage, sorti sur les écrans français à la fin de l’année 2011, Roman Polanski met en scène la rencontre courtoise, puis les échanges polis, enfin, les engueulades acérées de deux couples, formés par Jodie Foster / John C.
Reilly d’un côté, Kate Winslet / Christoph Waltz de l’autre. Ce duel de duos touche à son apogée lorsque chacun des couples est amené à justifier les “petits noms” qu’ils utilisent pour se nommer l’un l’autre.
Une contribution de Lydie Valentin

Le sens que les humains donnent à l'amour
Une contribution de Fréderic Vincent


Le cœur de Michel Houellebecq

Michel Houellebecq est devenu une affaire littéraire mondiale : il vend beaucoup, génère des discussions, de l´amour, de la haine et même des procès. Tous ses livres sont imprégnés de la révolte face au “sacré”. Sa prose est hautement trompeuse. Elle paraît simple. Mais ne l´est pas. Son art est empreint de beaucoup de simulation. Il croit à l´amour. Il voit dans la relation amoureuse, évidemment sans attache au moralisme, le principal facteur de création du lien social. Ses livres, cependant, questionnent une sorte d´impossibilité objective de réalisation de ce lien par la force d´une logique culturelle excluante.
Une contribution de Juremir Machado da Silva

La vengeance de Casanova
La Vengeance de Casanova est une adaptation inédite en bande dessinée de l’Histoire de ma vie, l’autobiographie de Casanova. L’auteur, Francesco Carlà, est économiste, financier, journaliste, écrivain et, avant tout, un grand passionné de Giacomo Casanova et de son écriture. Le premier tome de la bande dessinée retrace l’enfance du narrateur à Venise, sa vie d’étudiant à Padoue, où il fait ses premières conquêtes féminines. En pages précédentes, en exclusivité, quatre planches de La Vengeance de Casanova.
Une contribution de Francesco Carlà
illustrée par Lucia Mattioli

La chimie des sentiments

Il convient d’insister sur le caractère humain de l’amour, ce qui ne signifie pas qu’il est le propre de l’homme. Pourquoi les bêtes seraient-elles exclues du festin de l’amour ? La différence vient de ce que l’homme est seul à pouvoir “parler d’amour”. Mais pour ce qui en est de la physique de l’amour, de ses mécanismes où brillent les hormones et les neurones, il n’en est pas, sous une forme ou une autre, qui ne se rencontre dans les multiples espèces animales. Ce que l’on appelle le sexe est quasiment universel dans le vivant, qu’il s’agisse des animaux, des champignons ou des plantes. Cependant, l’humain…
Une contribution de Jean-Didier Vincent

L'amour dans l'oeuvre L'œuvre d'Auguste Comte

 
“Amour” est un des mots-clés de l’oeuvre d’Auguste Comte (1878-1957). Il permet de comprendre l’évolution personnelle du penseur et son inclination pour un positivisme suave, orienté vers une finalité sociale qui est l’affermissement de la sociabilité. La cohésion sociale ne procède pas d’un dessein rationnel mais d’une fusion qui s’opère sur la base d’une identification affective. L’amour est au fondement même des sociétés. Leur cohérence n’est nullement redevable à l’existence d’un gouvernement, de lois, de principes organisationnels. De ce point de vue, la sociologie de Comte, qui est aussi une sociolâtrie, permet une meilleure compréhension de la religiosité postmoderne.
Une contribution de Jean-Martin Rabot